Panier

  • Votre panier est vide
Politique

Guinée équatoriale : les Obiang durcissent le bras de fer avec Salomon Abeso Ndong et la CORED

Actualité - Guinée équatoriale : les Obiang durcissent le bras de fer avec Salomon Abeso Ndong et la CORED
Email : 2605

De Malabo à Paris, Madrid et Londres, le conflit entre le clan Obiang et Salomon Abeso Ndong change de dimension. En septembre, la CORED a été officiellement qualifiée d’organisation terroriste par les autorités équato-guinéennes, tandis que des récompenses pouvant atteindre 1,5 million d’euros sont promises pour la capture de plusieurs de ses dirigeants en exil. Le principal intéressé dénonce une opération destinée à neutraliser l’opposition avant la prochaine présidentielle.

Le bras de fer entre Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis 1979, et Salomon Abeso Ndong, président de la Coalition pour la restauration d’un État démocratique (CORED), vient de franchir un nouveau seuil.

Le 22 septembre, le parquet général de Guinée équatoriale a déclaré la CORED « organisation terroriste et criminelle » et annoncé des récompenses financières pour la capture et le rapatriement de plusieurs de ses responsables installés à l’étranger. Les primes annoncées peuvent atteindre 1,5 million d’euros par dirigeant. 

Depuis Londres, où il réside, Abeso Ndong rejette les accusations et affirme que cette décision met directement sa vie et celle de ses proches en danger. La CORED affirme de son côté qu’elle constitue une coalition politique et non une organisation terroriste. 

Une opposition désormais traquée au-delà des frontières ?

Le choix des autorités de Malabo ne concerne pas seulement la politique intérieure. Il vise directement une opposition installée depuis plusieurs années dans les capitales européennes.

Londres pour Abeso Ndong, Madrid pour d’autres figures de la dissidence, Paris comme terrain judiciaire : l’opposition équato-guinéenne s’est progressivement structurée en dehors du territoire national.

Abeso Ndong dirige la CORED depuis l’étranger et figure parmi les opposants les plus actifs contre le régime Obiang. La coalition revendique une vingtaine de partis et associations. 

La nouvelle qualification de la CORED pourrait donc avoir des conséquences bien au-delà de Malabo : circulation des dirigeants, coopération judiciaire, demandes d’arrestation ou d’extradition et sécurité des opposants installés en Europe.

Teodorín et Abeso : un vieux contentieux

Entre Teodoro Nguema Obiang Mangue, dit Teodorín, et Salomon Abeso Ndong, l’affrontement ne date pas d’hier.

En 2017, les avocats de Teodorín avaient déposé à Paris une plainte en diffamation contre Abeso Ndong à la suite de publications mettant directement en cause le vice-président équato-guinéen. Le régime de Malabo avait alors présenté Abeso comme l’un des acteurs d’une campagne de dénigrement contre les autorités du pays. 

Le contentieux judiciaire français constitue ainsi l’un des épisodes d’une confrontation beaucoup plus large entre le pouvoir équato-guinéen et son opposition en exil.

Madrid, autre théâtre de la confrontation

L’Espagne constitue également un point sensible.

En 2023, El País avait rapporté le témoignage d’un ancien garde civil espagnol affirmant que des responsables équato-guinéens lui auraient parlé de projets visant plusieurs opposants installés en Europe, dont Salomon Abeso Ndong. Ces affirmations reposaient sur le témoignage de cette source et n’établissent pas, à elles seules, l’existence d’une opération effectivement menée contre les intéressés. 

Par ailleurs, la justice espagnole a déjà été saisie dans une autre affaire concernant des accusations d’enlèvement et de torture d’opposants équato-guinéens en 2019. En 2024, la Haute Cour espagnole avait ordonné l’émission de mandats d’arrêt contre Carmelo Ovono Obiang, fils du président, et deux autres responsables équato-guinéens. Les autorités de Malabo ont rejeté ces accusations. 

Ces précédents expliquent pourquoi la nouvelle offensive judiciaire de Malabo est suivie avec attention dans les capitales européennes.

La prochaine présidentielle en toile de fond

Pour la CORED, l’enjeu dépasse le seul affrontement personnel avec la famille Obiang.

Dans une déclaration publiée après la décision du parquet, Abeso Ndong affirme que le pouvoir chercherait à éliminer une partie de l’opposition avant la prochaine présidentielle. Cette interprétation appartient à la CORED et n’est pas établie indépendamment. 

Le régime, lui, présente la CORED comme une menace sécuritaire et l’accuse d’avoir été impliquée dans le projet de coup d’État de décembre 2017 et d’entretenir des liens avec des groupes terroristes. La CORED rejette ces accusations. 

Le point essentiel est donc désormais judiciaire : les autorités équato-guinéennes devront étayer leurs accusations et les procédures engagées contre les dirigeants de la CORED, tandis que les opposants concernés cherchent à obtenir la protection des États où ils résident.

Un bras de fer qui se joue désormais en Europe

Le dossier Obiang-Abeso ne se limite plus aux frontières de la Guinée équatoriale.

Malabo dispose de l’appareil d’État et de ses instruments judiciaires ; Abeso Ndong dispose, lui, de relais politiques et médiatiques en Europe. Entre les deux, Paris, Madrid et Londres deviennent des terrains de confrontation juridique et diplomatique.

La qualification de la CORED comme organisation terroriste constitue surtout un changement de niveau. Elle transforme un affrontement politique ancien en dossier susceptible d’impliquer plusieurs systèmes judiciaires européens.

Pour Salomon Abeso Ndong, le risque est désormais personnel. Pour le pouvoir de Malabo, l’enjeu est de démontrer que ses accusations reposent sur des éléments judiciaires suffisamment solides.

Une chose est certaine : après des années de confrontation politique, le duel entre le clan Obiang et la CORED entre dans une phase où la justice, la diplomatie et la sécurité des opposants vont se retrouver au cœur du bras de fer.


 

Articles similaires

0 commentaire

Vous devez vous pour laisser un commentaire.