Le bras de fer entre le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, et l’opposant Maurice Kamto connaît un nouvel épisode. À l’approche des prochaines élections législatives et municipales, le ministère remet en cause la reconnaissance des instances dirigeantes issues de la convention extraordinaire du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), tandis que le parti dénonce une tentative de déstabilisation.
Atanga Nji refuse de prendre acte de la convention du MRC
Au cœur de la controverse : la convention extraordinaire du MRC organisée le 21 décembre 2025, au terme de laquelle Maurice Kamto avait été reconduit à la tête de la formation politique.
Dans une correspondance datée du 19 août 2026, Paul Atanga Nji indique que son département ministériel n’a pas jugé opportun de prendre acte des travaux de cette convention, après l’examen de contestations introduites par certains membres du parti.
Le ministre s’appuie notamment sur les démarches de dissidents du MRC, parmi lesquels Joseph Thierry Okala Ebode, ancien membre du directoire de la formation politique.
Cette position place directement l’administration territoriale au centre d’un conflit qui, à l’origine, relève du fonctionnement interne d’un parti politique.
Le MRC dénonce une « tentative de déstabilisation »
La réaction du MRC n’a pas tardé. Dans un communiqué publié le 26 août, le parti considère les démarches du ministère comme une tentative de fragiliser sa direction.
Pour la formation politique, l’enjeu dépasse largement la reconnaissance administrative de ses instances. Le MRC estime que cette intervention intervient à un moment stratégique, alors que le parti entend préparer les prochaines échéances électorales.
Le mouvement accuse ainsi le MINAT de vouloir perturber son organisation et sa préparation des élections législatives et municipales.
Une confrontation qui ne date pas d’hier
Le différend entre Maurice Kamto et Paul Atanga Nji s’inscrit dans une relation particulièrement tendue entre le pouvoir et le MRC.
Depuis la présidentielle de 2018, remportée par Paul Biya, Maurice Kamto s’est imposé comme l’une des principales figures de l’opposition camerounaise. Son parti a régulièrement été confronté à des restrictions administratives et à des interdictions de manifestations, tandis que les autorités invoquent notamment des impératifs liés au maintien de l’ordre public.
Le précédent de la présidentielle de 2025 avait déjà illustré cette tension.
Le précédent de 2025
À l’approche de la présidentielle de 2025, Paul Atanga Nji avait déjà contesté la capacité du MRC à présenter un candidat, en s’appuyant notamment sur le boycott par le parti du double scrutin législatif et municipal de 2020.
Maurice Kamto avait finalement été investi par le MANIDEM dans le contexte des difficultés administratives rencontrées par le MRC.
Cette séquence avait démontré que les questions administratives entourant la reconnaissance et le fonctionnement des partis pouvaient rapidement devenir des enjeux politiques et électoraux.
Une bataille désormais tournée vers les prochaines élections
La nouvelle controverse intervient alors que le MRC doit déterminer sa stratégie pour les prochaines échéances électorales.
La reconnaissance de ses instances dirigeantes constitue donc un enjeu essentiel pour le parti, notamment pour son organisation interne, son implantation sur le terrain et sa capacité à participer pleinement au processus électoral.
De son côté, le MINAT demeure l’administration chargée de la tutelle des partis politiques et du suivi de leur fonctionnement dans le cadre légal camerounais.
Une analyse juridique publiée dans la presse camerounaise estime toutefois que la position du ministère pourrait être contestée au regard de certaines dispositions légales et des délais applicables. Cette interprétation relève cependant de ses auteurs et ne constitue pas, à ce stade, une décision de justice.
Vers un nouveau front entre Yaoundé et Kamto ?
Le dossier du MRC pourrait donc rapidement prendre une dimension politique plus large.
Pour Maurice Kamto, il s’agit de préserver l’autonomie de son parti et sa capacité à participer aux prochaines échéances électorales. Pour l’administration, la question porte sur la régularité des procédures et la reconnaissance des instances du mouvement.
Mais derrière cette bataille administrative se dessine un affrontement politique bien plus profond.
À mesure que les prochaines élections approcheront, les décisions du MINAT seront scrutées par le MRC et ses soutiens, tandis que chaque riposte du parti pourrait contribuer à raviver les tensions avec le pouvoir.
Entre Paul Atanga Nji et Maurice Kamto, le bras de fer autour du MRC est donc loin d’être terminé.

0 commentaire