Entre 2022 et 2025, les prix des produits alimentaires ont bondi de 41,8 % au Cameroun, soit près du double de l’inflation cumulée de l’ensemble des biens et services. Derrière le ralentissement de l’inflation en 2025 se cache ainsi une réalité beaucoup plus tenace : le coût de l’alimentation continue de peser lourdement sur le budget des ménages.
Le chiffre donne la mesure du choc subi par les ménages camerounais. En quatre ans, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 41,8 %. Sur la même période, l’inflation cumulée de l’ensemble des biens et services s’est établie à 23,3 %, selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), également reprises dans le rapport du Comité national économique et financier (CNEF).
Autrement dit, la hausse du prix de l’alimentation a été nettement plus rapide que celle du panier global de consommation.
Et derrière cette moyenne nationale se trouve une pression quotidienne : celle qui s’exerce sur les marchés, dans les boutiques et sur les dépenses alimentaires des ménages.
2022, l’année du décrochage
Le choc commence véritablement en 2022.
Cette année-là, l’inflation générale atteint 6,3 %, son niveau le plus élevé depuis 1994 selon les données citées par le CNEF. Les produits alimentaires sont déjà en première ligne.
L’INS enregistrait alors une forte progression des prix de plusieurs catégories, notamment les huiles et graisses, les pains et céréales, les poissons et fruits de mer ainsi que les viandes.
La tendance ne s’est ensuite pas inversée.
En 2023, l’inflation nationale atteint 7,4 %, avant de ralentir à 4,5 % en 2024 puis à 3,4 % en 2025. Mais ce ralentissement statistique n’a pas signifié un retour des prix à leur niveau d’avant-crise.
C’est toute la différence entre ralentissement de l’inflation et baisse des prix : les prix continuent d’augmenter, mais moins vite.
L’alimentation reste le principal front de hausse
En 2025, alors que l’inflation générale est retombée à 3,4 %, les prix alimentaires ont encore progressé de 7 %. Ils sont ainsi restés le principal moteur de l’inflation camerounaise.
La dynamique est particulièrement visible sur certains produits.
Selon le rapport cité par EcoMatin, les légumes, les fruits, les huiles et graisses ainsi que les poissons et fruits de mer figurent parmi les catégories ayant fortement contribué à la hausse cumulée depuis 2022.
Les données mensuelles de l’INS confirment la persistance de ces tensions. En septembre 2025, les prix alimentaires progressaient encore de 0,9 % sur un mois, tandis qu’en novembre ils augmentaient de 0,8 %.
Même en mai 2026, alors que l’inflation générale moyenne était tombée à 2,6 %, les prix alimentaires restaient en hausse de 5,6 % sur un an.
Pourquoi les prix ne redescendent-ils pas ?
La poussée inflationniste n’est pas liée à un seul facteur.
L’INS met notamment en avant les coûts de production, les contraintes logistiques, les difficultés d’approvisionnement et la demande intérieure. Les coûts de transport constituent également un facteur important : entre 2022 et 2025, ils ont augmenté de 35,8 %.
Dans l’agriculture, la hausse du prix des intrants et des engrais renchérit directement les coûts de production. Les perturbations des marchés internationaux et les effets des changements climatiques sur les récoltes ajoutent une pression supplémentaire.
À cela s’ajoutent les contraintes liées au transport des marchandises, particulièrement sensibles dans un pays où les distances entre zones de production et grands centres de consommation peuvent être importantes.
Le résultat se retrouve directement dans le prix payé par le consommateur.
Un choc plus lourd pour les ménages modestes
La progression de 41,8 % ne signifie évidemment pas que chaque produit alimentaire a augmenté exactement dans cette proportion.
Mais elle traduit une transformation profonde du coût moyen de l’alimentation.
Pour les ménages modestes, l’effet est particulièrement sensible parce qu’une part importante du revenu est consacrée aux dépenses alimentaires. Lorsque les prix des produits de base progressent durablement, la capacité à financer d’autres dépenses — logement, transport, santé, éducation ou épargne — se réduit mécaniquement.
La baisse de l’inflation générale observée depuis 2024 constitue donc une amélioration du rythme des hausses, mais elle ne suffit pas à effacer le choc accumulé depuis 2022.
23,3 % contre 17,5 % : quatre années qui ont changé la donne
La comparaison historique permet de mesurer l’ampleur du phénomène.
Entre 2013 et 2021, l’inflation cumulée au Cameroun s’était établie à 17,5 %. Entre 2022 et 2025, elle atteint déjà 23,3 %.
En seulement quatre ans, le pays a donc enregistré une hausse générale des prix supérieure à celle observée sur les neuf années précédentes.
Et l’écart est encore plus marqué pour l’alimentation : +41,8 % depuis 2022.
Le paradoxe de la désinflation
Le Cameroun se trouve ainsi face à un paradoxe économique.
Les indicateurs montrent une amélioration : 7,4 % d’inflation en 2023, 4,5 % en 2024, puis 3,4 % en 2025. La tendance est clairement à la désinflation.
Mais dans les ménages, le sentiment de cherté demeure.
La raison est simple : la désinflation ne signifie pas que les prix reviennent en arrière. Elle signifie seulement que leur progression ralentit.
Après une hausse alimentaire cumulée de 41,8 % en quatre ans, le consommateur camerounais entre donc dans une nouvelle phase : celle où l’enjeu n’est plus seulement de ralentir l’inflation, mais de restaurer progressivement le pouvoir d’achat.
Car derrière les statistiques du CNEF et de l’INS, c’est une question très concrète qui demeure : combien coûte désormais le même panier de provisions qu’en 2021 ?

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