Le ministre de la Culture israélien, Miki Zohar, a réclamé la déchéance de nationalité des cinéastes Yuval Abraham et Rachel Szor. En cause : leur documentaire « NAZA », récompensé à la Mostra de Venise, qui s'appuie sur des témoignages de militaires pour exposer les frappes dans la bande de Gaza. L'onde de choc provoquée par le Prix spécial du jury décerné au festival de Venise s'est rapidement transformée en tempête politique à Jérusalem. Dimanche 13 septembre, Miki Zohar, membre du Likoud et ministre de la Culture, a vivement attaqué sur le réseau social X les deux réalisateurs israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor.
Fustigeant une « haine de soi brûlante » et qualifiant les cinéastes de « vils » et « méprisables », Miki Zohar les a accusés d’être prêts à « nuire à leur patrie pour récolter les applaudissements des antisémites du monde entier ». Le ministre a annoncé dans la foulée son intention d'agir immédiatement auprès du ministère de l'Intérieur pour leur retirer la citoyenneté israélienne pour « trahison envers l'État ». Il a également saisi la direction de la Population et de l'Immigration pour vérifier la légalité des méthodes d'obtention des documents utilisés par le film.
À l'origine de l'hégémonie de cette polémique, le documentaire « NAZA » (terme hébreu signifiant « dommage collatéral ») réunit les témoignages confidentiels de 24 lanceurs d'alerte issus de l'armée et des services de renseignement israéliens. Le film documente l'usage de systèmes d'intelligence artificielle dans la chaîne de ciblage lors des bombardements dans la bande de Gaza et dénonce la hausse drastique des victimes civiles. Déjà oscarisés en 2025 pour No Other Land (consacré à la colonisation en Cisjordanie), Yuval Abraham et Rachel Szor déclarent avoir mené plus de trois ans d'enquête journalistique. L'armée israélienne (Tsahal) a rejeté en bloc les conclusions du film, qualifiant les accusations de « calomnies sanglantes » et remettant en cause l'authenticité et le niveau de responsabilité des anonymes interrogés.
Face à la tempête, Yuval Abraham a défendu la rigueur de son travail et appelé la population à visionner l'œuvre : « Les attaques viennent de responsables politiques qui n'ont même pas vu le film. On nous demande de fermer les yeux sur la réalité ».
Bien que la Cour suprême israélienne ait confirmé en 2022 la possibilité légale de retirer la nationalité à un citoyen en cas de « manque de loyauté » ou d'acte de trahison, une telle procédure demeure rarissime. Elle nécessite une validation préalable du ministre de la Justice et l'aval exprès des tribunaux. Cette offensive politique illustre néanmoins la fracture grandissante entre le gouvernement israélien et ses artistes critiques vis-à-vis des opérations militaires en cours.

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