La frontière entre le Sénégal et la Gambie est redevenue un sujet sensible. Le 17 juillet 2026, la destruction par l’armée sénégalaise d’un muret à Bullock, dans le sud-ouest gambien, a provoqué une vive réaction à Banjul et fait craindre une nouvelle crise diplomatique entre les deux pays.
Derrière cet incident apparemment local se cache pourtant un problème beaucoup plus ancien : le tracé d’une frontière héritée de la période coloniale, dont certaines portions restent contestées ou insuffisamment matérialisées.
1. Que s’est-il réellement passé à Bullock ?
Le 17 juillet, un bulldozer de l’armée sénégalaise a détruit un muret construit à proximité de la frontière, sur le territoire gambien selon les autorités de Banjul.
Pour Dakar, l’opération répondait à un problème d’empiètement sur le territoire sénégalais. Les autorités sénégalaises affirment avoir déjà alerté à plusieurs reprises la Gambie sur la présence d’installations et d’activités qu’elles considèrent comme contraires au tracé frontalier.
L’incident a toutefois été perçu à Banjul comme une intervention unilatérale des forces sénégalaises sur le territoire gambien.
C’est cette différence d’interprétation qui a fait monter rapidement la tension.
2. Pourquoi cette frontière est-elle aussi compliquée ?
La configuration territoriale de la Gambie explique une grande partie du problème.
Le pays forme une longue bande de territoire qui s’enfonce profondément dans le Sénégal, suivant en grande partie le fleuve Gambie. La frontière actuelle résulte des arrangements coloniaux entre la France et le Royaume-Uni, notamment de l’accord conclu en 1889.
À l’époque, le tracé répondait davantage aux intérêts des puissances coloniales qu’aux réalités des populations vivant de part et d’autre.
Certaines zones ont depuis été urbanisées, exploitées ou traversées par des infrastructures sans qu’une matérialisation suffisamment claire de la frontière ne permette toujours d’éviter les contestations.
3. Pourquoi le problème ressurgit-il maintenant ?
La proximité entre les deux pays est à la fois une force et une source de tensions.
Des communautés sénégalaises et gambiennes vivent de part et d’autre de la frontière. Les échanges commerciaux, les déplacements quotidiens, l’exploitation des terres et les activités économiques rendent cette limite particulièrement poreuse.
À cela s’ajoutent les enjeux liés à la sécurité et au contrôle des territoires.
Pour Dakar, toute construction ou activité située à proximité de la frontière peut devenir un problème de souveraineté. Pour Banjul, les interventions de militaires sénégalais sur des espaces considérés comme gambiens constituent une question tout aussi sensible.
4. Pourquoi l’incident n’a-t-il pas dégénéré ?
Les deux capitales ont rapidement privilégié la voie diplomatique.
Une commission mixte sénégalo-gambienne a été mobilisée afin de clarifier le tracé et d’examiner les différents points de friction.
Cette approche est importante car le Sénégal et la Gambie entretiennent des relations particulièrement étroites. Les deux pays partagent non seulement une frontière, mais aussi des populations, des familles, des réseaux commerciaux et de nombreuses infrastructures.
Le président gambien Adama Barrow et son homologue sénégalais Bassirou Diomaye Faye ont donc tout intérêt à empêcher un différend frontalier local de se transformer en crise politique.
5. Peut-on définitivement régler le problème frontalier ?
C’est tout l’enjeu des travaux de la commission mixte.
La solution ne consistera probablement pas uniquement à déterminer où passe la frontière sur une carte. Il faudra aussi matérialiser précisément le tracé sur le terrain, identifier les zones où les constructions ou activités empiètent sur la ligne frontalière et trouver des arrangements pour les populations concernées.
L’incident de Bullock pourrait ainsi avoir un effet paradoxal : en provoquant une crise, il oblige Dakar et Banjul à accélérer un travail qui aurait dû être réalisé depuis longtemps.
Une frontière qui dépasse la simple question des bornes
Le différend sénégalo-gambien rappelle surtout qu’une frontière héritée de la colonisation peut continuer, plus d’un siècle après sa création, à produire des tensions très concrètes.
Pour les habitants, il s’agit de maisons, de terres, de routes et d’activités économiques. Pour les États, il est question de souveraineté et d’intégrité territoriale.
Le défi pour Dakar et Banjul sera donc de parvenir à clarifier le tracé sans transformer chaque borne, chaque construction ou chaque mètre carré contesté en affrontement politique.
l‘incident de Bullock n’est peut-être qu’un avertissement : tant que la frontière ne sera pas précisément matérialisée et acceptée par les deux parties, le moindre ouvrage construit au mauvais endroit pourrait à nouveau faire monter la tension entre le Sénégal et la Gambie.

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