En plein cœur de la capitale iranienne, lors du 10 km de Téhéran au parc Velayat, de nombreuses Iraniennes ont pris le départ sans porter le hijab. Une démonstration de liberté pacifique qui a immédiatement déclenché l'ouverture d'une enquête judiciaire.
Des foulées légères, des chevelures découvertes balayées par le vent et le rythme des tambours pour les encourager. Lors de la course de 10 kilomètres organisée au parc Velayat, à Téhéran, des dizaines de coureuses ont ouvertement enfreint la loi en participant à l'épreuve sans voile islamique. Parmi elles se trouvait la recordwoman nationale du 5 000 m, du 10 000 m et du demi-marathon, Parisa Arab, qui a remporté l'épreuve avant de partager les images de sa victoire sur ses réseaux sociaux. Les images diffusées sur les réseaux sociaux témoignent du contraste saisissant qui règne actuellement dans le pays. L'événement sportif s’est tenu le même jour que la rassemblement d'État « Janfadayan-e Iran » (« Sacrifice pour la patrie »), au cours de laquelle des milliers de partisans du régime, membres des Pasdaran et de la milice des Basij ont défilé. D'un côté de la ville, une démonstration d'allégeance armée au pouvoir religieux ; de l'autre, des femmes qui réapproprient l'espace public par le sport et la désobéissance civile.
Cette scène de liberté n'a pas tardé à faire réagir les autorités. L'agence Mizan, organe officiel du pouvoir judiciaire iranien, a annoncé l'ouverture d'une procédure judiciaire à l'encontre des organisateurs pour manquement aux « exigences religieuses et légales ». Ce scénario n'est pas une première. En décembre dernier, un marathon similaire organisé sur l'île de Kish avait déjà suscité la foudre du régime : des dizaines de participantes y avaient couru la tête nue, entraînant l'arrestation de deux organisateurs par les forces de sécurité. Depuis le mouvement protestataire déclenché par la mort de Mahsa Amini en septembre 2022, le refus du port du voile obligatoire est devenu l'un des symboles majeurs de la résistance des Iraniennes. En dépit de la répression judiciaire, des amendes et des sanctions administratives, de plus en plus de femmes bravent quotidiennement le dogme vestimentaire de la République islamique.

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