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Cameroun : comment Louis-Paul Motaze prépare le terrain en vue d’un accord avec le FMI

Actualité - Cameroun : comment Louis-Paul Motaze prépare le terrain en vue d’un accord avec le FMI
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Nouveau programme avec le FMI, mobilisation des investisseurs privés, emprunts et roadshow à Londres : Yaoundé multiplie les canaux de financement. Mais si les autorités préparent déjà l’après-2025, plusieurs exigences du Fonds restent encore à traiter avant qu’un éventuel nouvel accord puisse prendre forme.

À Yaoundé, le financement de l’État est redevenu une équation centrale. Un an après l’achèvement du programme économique et financier conclu avec le Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement camerounais cherche à rouvrir un nouveau chapitre avec l’institution de Bretton Woods. Le calendrier n’est pas encore celui d’un nouvel accord : la mission du FMI actuellement présente au Cameroun intervient dans le cadre de la surveillance au titre de l’article IV, et non dans celui d’une revue conditionnant un décaissement. Mais, en parallèle, les autorités semblent déjà préparer les conditions financières et budgétaires de la prochaine séquence. 

C’est dans ce contexte qu’il faut lire l’activisme récent du ministre des Finances, Louis-Paul Motaze.

Londres : tester le marché avant de solliciter davantage les investisseurs

Les 9 et 10 septembre, le ministre a conduit à Londres une délégation camerounaise pour un « market sounding » organisé avec le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC). Officiellement, il ne s’agissait ni d’une émission obligataire ni d’une opération destinée à accroître immédiatement la dette publique.

Le message porté par Yaoundé était plutôt celui d’une recherche de capitaux privés, de garanties et de montages financiers permettant de financer des projets sans faire systématiquement appel à l’endettement souverain. Les discussions ont notamment porté sur la perception du risque camerounais, les garanties attendues par les investisseurs et les instruments susceptibles d’accompagner les grands projets. 

Cette nuance est importante. Le Cameroun fait face à des besoins de financement élevés alors même que le marché régional des titres publics montre des signes de saturation. Le FMI relevait déjà, dans son analyse publiée en avril 2026, la faiblesse de la demande pour les titres camerounais et l’exposition élevée des banques locales à la dette souveraine. 

Autrement dit, Londres constitue aussi un test : jusqu’où les investisseurs privés sont-ils prêts à accompagner le Cameroun, à quelles conditions et avec quel partage des risques ?

Le FMI, l’autre dossier sur la table

Le calendrier est d’autant plus surveillé que le précédent programme avec le FMI s’est achevé en juillet 2025. Selon des informations de presse camerounaises, Yaoundé travaille désormais à la conclusion d’un nouvel accord, qui aurait déjà été intégré dans les projections de financement du budget 2027, avec environ 300 milliards de FCFA d’appuis budgétaires attendus. Cette perspective reste toutefois à distinguer d’un accord effectivement négocié et approuvé par les instances du Fonds. 

La mission arrivée à Yaoundé en septembre ne négocie donc pas, à ce stade, un nouveau programme. Les échanges avec Louis-Paul Motaze portent sur la situation macroéconomique, l’exécution budgétaire, la trésorerie, la dette et les orientations budgétaires. Le diagnostic qui en sortira pourrait néanmoins peser dans la préparation de la prochaine relation financière entre Yaoundé et le FMI. 

Et c’est précisément là que les choses se compliquent.

Dette : le Cameroun reste sous le seuil communautaire, mais le FMI regarde ailleurs

À première vue, le ratio d’endettement camerounais ne constitue pas le principal signal d’alerte. Au 31 mars 2026, la dette du secteur public s’élevait à 15 416 milliards de FCFA, soit 44,3 % du PIB, très en dessous du plafond communautaire de 70 % fixé dans la CEMAC. 

Mais le FMI ne s’arrête pas au seul ratio dette/PIB.

Dans son analyse de soutenabilité de la dette, l’institution estime que le Cameroun reste exposé à un risque élevé de surendettement, principalement en raison des tensions de liquidité et du poids des remboursements à venir. Les amortissements devraient notamment dépasser 6 % du PIB par an entre 2027 et 2031. 

Le problème de Yaoundé est donc moins celui du stock brut que celui de la capacité à refinancer et à servir cette dette dans la durée.

Cette distinction explique une partie de la stratégie actuelle : diversifier les sources de financement, rechercher des maturités plus longues, attirer les capitaux privés et, surtout, éviter que le financement des déficits ne repose exclusivement sur le marché régional.

Les conditions du Fonds ne sont pas encore toutes réunies

Le FMI a déjà identifié plusieurs chantiers. Dans son évaluation de 2026, il insiste notamment sur la mobilisation des recettes non pétrolières, la maîtrise des dépenses, le renforcement de la gestion de trésorerie, le contrôle des engagements budgétaires, la résorption des arriérés et l’amélioration de la gouvernance des entreprises publiques. 

Le Fonds demande également au Cameroun de renforcer la gestion de la dette et de privilégier, autant que possible, les financements concessionnels des partenaires au développement plutôt que les emprunts commerciaux plus coûteux. Il préconise aussi l’intégration d’un calendrier crédible d’apurement des arriérés dans une stratégie de financement à moyen terme. 

Sur ce terrain, le dossier reste donc ouvert.

Le FMI avait déjà relevé des faiblesses persistantes dans la gestion des finances publiques et dans la réforme des entreprises publiques au cours du précédent programme. Son rapport de 2026 estime que les réformes structurelles ont progressé lentement malgré l’achèvement régulier des revues du précédent programme. 

Le casse-tête des emprunts commerciaux

C’est probablement l’un des dossiers les plus sensibles pour le ministère des Finances.

Faute de profondeur suffisante du marché régional, Yaoundé a davantage recours aux financements extérieurs commerciaux. Le FMI rappelle ainsi qu’un emprunt extérieur contracté en décembre 2025 affichait un taux d’intérêt effectif d’environ 10,58 %, tandis qu’un placement privé réalisé début 2026 présentait un coût effectif proche de 9,45 %. 

Or, le Fonds recommande précisément de limiter ce type de financement non concessionnel, qui peut alourdir le coût du service de la dette et accroître les risques de refinancement. 

Le dilemme de Motaze est donc clair : trouver de l’argent rapidement sans dégrader davantage la structure du financement public.

C’est ici que le roadshow londonien prend une autre dimension. Il ne s’agit pas nécessairement de remplacer le FMI par les marchés privés, mais de multiplier les options disponibles pour le financement des investissements et réduire la pression exercée sur le budget de l’État.

2027, année de vérité ?

Les prochaines discussions budgétaires seront particulièrement scrutées. Le gouvernement devra simultanément financer ses investissements, honorer ses échéances, réduire les arriérés et préserver la crédibilité de ses comptes publics.

Dans ce contexte, un éventuel nouvel accord avec le FMI offrirait surtout un cadre supplémentaire de stabilisation et pourrait contribuer à rassurer les autres partenaires financiers. Mais cet accord ne pourra pas simplement reposer sur un besoin de liquidités.

Le FMI a clairement indiqué que ses attentes portent également sur la qualité des politiques publiques : gestion des finances publiques, transparence, gouvernance des entreprises publiques, mobilisation des recettes, gestion de la dette et réduction des vulnérabilités financières. 

Motaze joue donc sur plusieurs tableaux

Le ministre des Finances avance désormais sur plusieurs fronts : dialogue avec le FMI, recherche d’investisseurs privés, diversification des instruments financiers et préparation des prochains exercices budgétaires.

À Londres, Yaoundé a cherché à montrer que le Cameroun pouvait attirer des capitaux au-delà des bailleurs traditionnels. À Yaoundé, le gouvernement discute avec le FMI de la trajectoire des finances publiques. Sur le marché régional, il doit composer avec une demande bancaire moins dynamique et une forte exposition des établissements à la dette souveraine.

Mais le véritable test sera ailleurs : dans la capacité du gouvernement à transformer ces démarches en financements moins coûteux, plus longs et compatibles avec une trajectoire budgétaire soutenable.

Pour l’heure, il n’existe pas encore de nouvel accord financier avec le FMI. La mission de septembre relève de l’article IV et ne constitue pas une négociation de programme. 

Ce qui se joue actuellement est donc une phase préparatoire. Yaoundé cherche à présenter ses comptes, rassurer ses partenaires, diversifier ses sources de financement et répondre aux fragilités identifiées par le Fonds.

La prochaine étape sera plus exigeante : convaincre le FMI que ces ajustements ne sont pas seulement des mesures de circonstance, mais les prémices d’une trajectoire budgétaire suffisamment crédible pour justifier un nouveau partenariat financier.


 

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