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Kribi, futur géant africain du minerai de fer : le pari à 100 millions de tonnes

Actualité - Kribi, futur géant africain du minerai de fer : le pari à 100 millions de tonnes
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Un chemin de fer de 1 350 kilomètres, jusqu’à 100 millions de tonnes de minerai par an et un marché asiatique avide de fer : le projet de corridor entre la République centrafricaine et le Cameroun pourrait changer radicalement la dimension du port de Kribi. Mais derrière les projections vertigineuses se cache un défi tout aussi colossal : construire les infrastructures capables d’absorber ces volumes.

Et si le prochain grand corridor minier africain partait de Bangui pour aboutir à Kribi ?

Le scénario étudié par Drewry Maritime Research donne une idée de l’ampleur du pari. La liaison ferroviaire envisagée entre les gisements de minerai de fer de République centrafricaine et le port camerounais de Kribi pourrait permettre d’acheminer plus de 90 millions de tonnes de minerai par an, avec une capacité susceptible de monter jusqu’à près de 110 millions de tonnes annuelles. 

À pleine puissance, le corridor pourrait ainsi générer une demande maritime équivalente à environ 5 % de celle créée par le commerce mondial de minerai de fer en 2025. Autrement dit, Kribi pourrait s’imposer comme un nouveau point d’entrée majeur du minerai de fer africain sur le marché mondial.

Le pari des 1 350 kilomètres

Le projet repose sur une infrastructure hors norme : une voie ferrée d’environ 1 350 kilomètres destinée à relier les zones minières centrafricaines à la façade atlantique camerounaise.

Pour la Centrafrique, pays enclavé, l’enjeu est stratégique. Ses ressources minières sont aujourd’hui contraintes par l’absence d’accès direct à la mer. Le corridor Kribi offrirait une nouvelle route vers les marchés internationaux.

A&S Resources, qui développe les actifs miniers concernés, affirme avoir sécurisé 6 milliards de dollars auprès d’une institution financière indienne pour le développement de l’infrastructure ferroviaire. Mais Drewry souligne que le projet demeure exposé à d’importants risques de financement, de construction et d’exécution. 

Le calendrier est lui aussi à surveiller. Les travaux d’exploration étant encore à un stade précoce, Drewry estime que les premières exportations significatives ne devraient pas intervenir avant le début des années 2030. 

Kribi face à un changement d’échelle

Le véritable bouleversement se jouerait au port.

Acheminer 90 à 100 millions de tonnes de minerai chaque année ne constitue pas une simple augmentation du trafic actuel. Cela suppose de transformer Kribi en véritable plateforme minéralière à vocation mondiale, avec des installations spécialisées capables de recevoir, stocker et charger des volumes massifs de minerai.

Drewry estime qu’un scénario de 100 millions de tonnes annuelles, réparties à parts égales entre la Chine et l’Inde, pourrait générer plus de 500 milliards de tonnes-milles supplémentaires de demande maritime et soutenir la demande pour environ 70 à 80 vraquiers Capesize supplémentaires par an à l’horizon de la fin des années 2030. 

Le projet ne serait donc pas seulement une affaire de rails. Il pourrait entraîner dans son sillage une chaîne complète d’investissements : terminal minéralier, stockage, manutention, équipements portuaires, flotte, services logistiques et infrastructures énergétiques.

La Chine et l’Inde en ligne de mire

Derrière Kribi, ce sont surtout les marchés asiatiques qui se dessinent.

La Chine a importé environ 1,3 milliard de tonnes de minerai de fer en 2025. L’Inde, de son côté, pourrait devenir un marché de plus en plus important à mesure que sa production sidérurgique progresse. 

Dans le scénario étudié par Drewry, le minerai centrafricain expédié depuis Kribi pourrait donc contribuer à diversifier les approvisionnements de ces deux puissances asiatiques, notamment vis-à-vis du minerai australien.

C’est ici que le projet prend une dimension géoéconomique. Kribi ne serait plus uniquement un port camerounais tourné vers l’Afrique centrale. Il deviendrait potentiellement une porte atlantique vers les marchés sidérurgiques asiatiques.

Le chiffre qui fait rêver… et la réalité du terrain

Les projections sont spectaculaires, mais elles reposent encore sur plusieurs hypothèses.

A&S Resources estime à plus de 20 milliards de tonnes les ressources en minerai de fer de ses propriétés de Bakala/Topa et Bogoin. Drewry précise toutefois qu’il s’agit d’une estimation de l’entreprise qui n’est pas, à ce stade, une ressource publiquement vérifiée par une source indépendante. 

Le passage du potentiel géologique à une production industrielle de 100 millions de tonnes par an constitue donc le principal test.

Il faudra explorer, certifier les ressources, financer les mines, construire le chemin de fer, sécuriser les opérations et, surtout, mettre Kribi à niveau pour absorber les volumes annoncés.

Un nouveau chapitre pour le port de Kribi ?

Le projet centrafricain arrive alors que Kribi s’inscrit déjà dans plusieurs ambitions ferroviaires et minières.

Le port camerounais est notamment associé au projet de chemin de fer Mbalam-Kribi, conçu pour l’évacuation du minerai de fer et accompagné d’un projet de terminal minéralier. 

Avec la RCA, le Cameroun pourrait donc se retrouver au centre d’un ensemble de corridors miniers reliant plusieurs bassins de ressources à l’Atlantique.

Le changement de dimension serait considérable : de simple infrastructure portuaire nationale, Kribi pourrait progressivement devenir un hub minier régional connecté aux grandes chaînes mondiales de matières premières.

Le pari est lancé

Pour l’heure, les 5 % évoqués par Drewry doivent être compris comme une projection fondée sur un scénario d’exportation d’environ 100 millions de tonnes par an, et non comme une part de marché déjà acquise par Kribi. 

Mais même avec cette réserve, le signal est puissant.

Si les mines centrafricaines atteignent les volumes envisagés et si le corridor ferroviaire voit effectivement le jour, Kribi pourrait changer de catégorie dans la carte mondiale du minerai de fer.

Le véritable enjeu pour le Cameroun ne sera alors plus seulement de disposer d’un port en eau profonde. Il sera de savoir s’il peut transformer Kribi en l’un des grands terminaux minéraliers de l’Atlantique africain.


 

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