Deux responsables de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) ont été entendus lundi 16 février 2026 dans le cadre du procès sur l’enlèvement, la torture et l’assassinat de l’animateur radio Martinez Zogo.
Retrouvé mort en janvier 2023 à Yaoundé, le corps atrocement mutilé du journaliste avait suscité une vive émotion nationale. Au cœur des débats : l’opération ayant conduit à sa mort relevait-elle d’une mission officielle de la DGRE ou d’une initiative clandestine ?
Une opération « hors procédure » ?
À la barre, Mohamadou Amadou, alors chef du groupement d’action logistique, a affirmé n’avoir reçu « aucun ordre de mission » ni délivré le moindre équipement en lien avec les faits. « Aucun bon de sortie n’a été émis », a-t-il déclaré, suggérant que l’institution n’aurait pas été formellement engagée.
Marcel Nyambi Penda, ex-commandant du groupement tactique d’intervention, a lui aussi soutenu la thèse d’une opération menée en dehors des circuits officiels. Selon lui, une action de cette nature ne pouvait se concevoir sans l’aval de la haute hiérarchie — aval qui, d’après son témoignage, n’aurait pas été donné.
Une ligne de défense assumée
Cette position rejoint celle de la défense, notamment Me Séri Zokou, avocat de Léopold Maxime Eko Eko, ancien directeur général de la DGRE, qui affirme que « la DGRE est absolument étrangère à cette opération » et que son client « n’a jamais donné aucun ordre ».
Cependant, les enquêteurs ont relevé qu’un véhicule et une arme auraient été déchargés dans un poste de la DGRE à Mfou, près de Yaoundé. Un élément troublant, reconnu comme « surprenant » par Marcel Nyambi Penda, mais qui, selon lui, ne prouve pas une implication institutionnelle.
Les méthodes utilisées — corde, huile, farine — ont également été évoquées. Pour certains avocats, elles ne correspondent à aucune procédure standard. D’autres rappellent qu’il n’existe pas de manuel formel régissant l’usage du matériel dans les services de renseignement.
Responsabilité individuelle ou institutionnelle ?
Le procès se cristallise désormais autour d’une question centrale : s’agit-il d’une dérive individuelle menée en marge de la chaîne de commandement, ou d’une responsabilité institutionnelle impliquant le sommet des services de renseignement ?
L’audience doit se poursuivre avec le contre-interrogatoire de Marcel Nyambi Penda et l’audition de nouveaux témoins.

0 commentaire