L’homme d’affaires camerounais et directeur des médias du groupe L’Anecdote comparaissait devant le Tribunal militaire de Yaoundé à l’occasion d’une audience criminelle spéciale de session, tenue du 16 au 17 décembre 2025.
L’audience a été déclarée ouverte à 11h37 par le Colonel Misse. Après les formalités d’usage, notamment l’appel des inculpés et de leurs conseils, le ministère public a fait comparaître son quatorzième témoin : Paul Daisy Biya, afin d’éclairer le tribunal sur l’implication présumée de Bruno Bidjang dans l’affaire.
Interrogé par le ministère public, la partie civile et la défense, Paul Daisy Biya a longuement expliqué la nature de ses relations avec le journaliste défunt Martinez Zogo. Il a indiqué que leurs rapports étaient à la fois professionnels et amicaux. Professionnels, parce qu’ils échangeaient régulièrement sur des sujets traités à l’antenne ; amicaux, parce que Martinez Zogo lui confiait également des aspects de sa vie personnelle.
Ces relations se sont intensifiées en avril 2021, lorsque Martinez Zogo l’avait sollicité pour participer à l’émission « Expliquez-vous ». À cette occasion, Paul Daisy Biya avait élaboré un protocole d’entretien structuré autour de dix questions, certaines portant sur l’actualité politique et d’autres sur des personnalités publiques telles que Samuel Mvondo Ayolo, Jean-Pierre Amougou Belinga, Louis Paul Motazé, Boris Bertolt ou encore Messanga Nyamding.
Le témoin a relaté que lors de l’enregistrement, effectué à Petrolex Ngousso, Martinez Zogo s’était montré particulièrement virulent à l’égard de Samuel Mvondo Ayolo, qu’il considérait comme le principal responsable de son incarcération. Il a également affirmé que le défunt nourrissait une hostilité manifeste envers Jean-Pierre Amougou Belinga, refusant toute considération à son égard.
Après l’émission, Martinez Zogo aurait confié à Paul Daisy Biya que Jean-Pierre Amougou Belinga était, selon lui, à l’origine de son emprisonnement, information qu’il disait tenir d’un certain Nyassa Soleil. Il aurait également évoqué des pressions exercées sur l’ancien procureur de la République, Georges Gérard Meka, dans le cadre de cette affaire.
Le témoignage a ensuite mis en lumière la transmission, par Martinez Zogo, de documents compromettants relatifs à de supposés marchés publics fictifs impliquant une société liée à Jean-Pierre Amougou Belinga. Ces documents, accompagnés d’une lettre de dénonciation adressée au CONSUPE, avaient été transférés par Paul Daisy Biya à Bruno Bidjang, avec qui il échangeait régulièrement.
Selon Paul Daisy Biya, Bruno Bidjang lui aurait répondu par des messages au ton menaçant, notamment : « Tara, laisse-le faire… On a mieux à faire », puis plus tard : « Quand on va réagir, ce sera sans pitié ». Des propos que l’accusation estime constitutifs d’une conspiration de torture, chef d’accusation retenu contre Bruno Bidjang.
Le témoin a également évoqué des publications issues d’un compte Facebook attribué à Martinez Zogo, annonçant des menaces d’assassinat, y compris contre lui-même, quelques jours avant son enlèvement puis son assassinat.
Lors de la phase de confrontation, les accusés Maxime Eko Eko, Jean-Pierre Amougou Belinga et Bruno Bidjang ont successivement interrogé le témoin. Bruno Bidjang a notamment contesté la nature de ses relations avec Paul Daisy Biya, sans parvenir à ébranler la cohérence du témoignage, resté constant tout au long de l’audience.
Suspendue à 16h50, l’audience a repris à 18h20 avec l’audition du quinzième témoin, Zéphérin Koloko, qui a confirmé ses relations professionnelles et amicales avec le défunt, notamment dans le cadre de l’organisation des Awards Avenirs. Il a précisé que l’alerte de l’enlèvement de Martinez Zogo avait été donnée au sein du REPAC (Réseau des Patrons de Presse du Cameroun) et que ce réseau s’était mobilisé pour alerter les autorités et soutenir la famille.
À l’issue des dépositions, l’audience a été suspendue à 20h30, pour reprendre le lendemain à 10h, marquant la dernière journée de cette session.
Les témoignages à venir et les conclusions des officiers de police judiciaire devraient permettre d’éclairer davantage les zones d’ombre entourant l’assassinat du journaliste Martinez Zogo

Nice Brice - 17 Dec 2025 à 22:14
Les accusés ont le droit d'interroger un témoin ?